En consultation, on nous pose souvent la question suivante : « Quelle est la différence entre une dilution CH et une dilution K ? » ou, de manière plus directe : « Pourquoi me prescrivez-vous une dilution K ? »
La réponse courte, celle dont le patient a besoin, est la suivante : il s’agit de deux façons de préparer le même type de remède, suffisamment proches l’une de l’autre au même degré de dilution pour que nous les prescrivions de manière très similaire. De plus, en dilutions élevées, une dilution K (du nom de Korsakov, un homéopathe russe qui a simplifié la méthode de fabrication des remèdes à haute dilution) est souvent la seule forme disponible. Cette explication suffit à la plupart des gens. Mais la réponse à cette question est plus longue et plus intéressante.
Parfois, cette question est motivée par une réelle préoccupation. Il existe un tableau qui circule dans l'enseignement homéopathique, notamment en France, affirmant qu'il existe une correspondance fixe entre les dilutions korsakoviennes (K) et les dilutions centésimales hahnemanniennes (CH) : 6K = 4CH, 30K = 5CH, 200K = 7CH, 1 000K = 9CH, 10 000K = 15C et ainsi de suite. Récemment, ce concept a refait surface dans un contexte pédagogique où il a été mis en pratique et utilisé pour justifier des prescriptions thérapeutiques visant les organes. La discussion considérait que les faibles dilutions étaient les mieux adaptées pour agir en douceur sur les organes. Plus particulièrement, les débats concluaient que les faibles dilutions préparées selon la méthode CH étaient supérieures à celles préparées selon la méthode K. Le tableau faisait le lien entre ces deux affirmations : il permettait de lire une puissance korsakovienne à chiffre élevé comme une puissance centésimale faible, et ainsi de l’intégrer dans la logique de prescription par organe qui privilégie les faibles puissances CH. Cela fait de la validité du tableau une question clinique, et non académique, pour autant qu’une prescription se trouvait validée par ce biais. Ce tableau est présenté et utilisé comme s’il s’agissait d’une loi de la pharmacie.
L’ironie saute aux yeux, et mérite d’être soulignée avant d’aller plus loin. Si, dans le même souffle, on affirme que les préparations CH sont supérieures aux préparations K et qu’une dilution K peut être convertie en son « équivalent » CH, alors cette conversion sert à « faire passer » une dilution K prétendument inférieure pour une dilution CH supérieure — ce qui revient à admettre discrètement qu’elles n’étaient pas équivalentes au départ. On ne peut pas à la fois les hiérarchiser et les mettre sur un pied d’égalité. Il convient donc de se demander sans détour si le tableau est fiable, c’est-à-dire si une dilution K et une dilution CH sont, en fait, équivalentes. En bref, on peut dire qu’au niveau des chiffres, elles sont vaguement comparables, mais que la conversion fixe affirmée par le tableau n’est pas seulement imprécise ; elle est incohérente, et on peut le démontrer de deux manières indépendantes qui se contredisent justement l’une l’autre. Cette contradiction mutuelle constitue l’argument dans son ensemble.
Les deux échelles, en termes clairs
Les méthodes hahnemannienne et korsakovienne sont toutes deux centésimales : une partie de substance pour quatre-vingt-dix-neuf parties de diluant, soit un rapport de 1 à 100, à chaque étape. Cette prémisse commune est la seule base sur laquelle quiconque peut prétendre que les deux méthodes sont comparables.
Elles diffèrent par la manière dont cette étape est réalisée. La méthode hahnemannienne utilise un flacon neuf à chaque dilution (méthode dite « des flacons multiples ») : une partie dosée est transférée dans quatre-vingt-dix-neuf parties dosées, et la quantité transférée est connue. La méthode korsakovienne utilise un seul flacon, vidé puis rempli à nouveau : la quantité reportée correspond au film de liquide adhérant au verre vidé, que l’on suppose (et sans jamais le mesurer) représenter environ un centième du contenu précédent.
Gardez bien cette distinction à l’esprit. Toute la question repose là-dessus.
Première démonstration : par le comptage des étapes
Prenons au sérieux la prémisse commune : les deux échelles sont de 1 à 100 par étape, et tenons-en nous a compter.
Un 7CH a subi sept étapes centésimales : un facteur de dilution de (10²)⁷ = 10¹⁴.
Un 200K a subi deux cents étapes centésimales : un facteur de dilution de (10²)²⁰⁰ = 10⁴⁰⁰.
La différence est de cent quatre-vingt-treize étapes centésimales — soit un facteur de 10³⁸⁶. Selon la logique même de ces échelles, un 200K est dilué environ 10³⁸⁶ fois davantage qu’un 7CH. Affirmer que ces deux valeurs sont équivalentes revient à dire que deux cent (d’une part) et sept (d’autre part) sont le même nombre. Selon ce raisonnement, un 200K correspond à un 200CH, et non à un 7CH. Le tableau se contredit lui-même dès lors que l’on applique la prémisse même sur laquelle il repose.
Deuxième démonstration : celle du film résiduel
Pourquoi, alors, quelqu’un écrirait-il « 200K = 7CH » ? Seulement en abandonnant discrètement le principe du rapport 1 à 100 du côté korsakovien. L’argument est le suivant : le fluide qui reste accroché à la fiole korsakovienne vidée est plus épais et plus trouble qu’un centième pur ; ainsi, chaque « étape » K dilue moins qu’une véritable étape centésimale ; par conséquent, deux cents étapes K approximatives pourraient n’atteindre que la concentration moléculaire d’une poignée d’étapes CH pures — « environ un 7CH, en termes de concentration ».
Mais cette justification détruit l’équivalence de l’autre côté, et ce à trois égards.
Elle repose sur une quantité non mesurée. Le film résiduel n’est jamais quantifié dans la pratique ; un processus dont la dilution par étape n’est, de l’aveu même de ses auteurs, pas un nombre fixe ne peut être assimilé à un processus dont la dilution par étape est exactement définie. On ne peut pas placer un signe égal devant une quantité que personne n’a mesurée.
Elle ne traite que de la concentration moléculaire — ce qui n’est pas pertinent dans cette échelle. La correspondance est présentée, dans ses propres sources, « en fonction de la seule concentration moléculaire ». Or, une dilution 7CH (10⁻¹⁴) contient encore des molécules de la substance d’origine, tandis qu’une dilution 200K est diluée bien au-delà du point où une quelconque molécule pourrait subsister, de sorte qu’il s’agit d’une puissance purement dynamique. L’une contient encore matériellement la substance ; l’autre ne le contient plus.
Assimiler une dilution qui contient encore la substance à une autre qui, physiquement, ne peut plus en contenir constitue une erreur de catégorie, et non une conversion.
Et cela contredit carrément la première démonstration. La première démonstration, en prenant le rapport 1 à 100 au pied de la lettre, affirme que le 200K est infiniment plus dilué que le 7CH. La deuxième démonstration, en s'appuyant sur le film, affirme que le 200K est à peu près aussi dilué que le 7CH. Les deux ne peuvent pas être vraies. Le tableau ne tient la route qu’en conservant la prémisse centésimale pour le CH et en l’abandonnant pour le K — en utilisant l’hypothèse qui arrange le mieux à un moment donné. Une relation qu'on ne peut poser qu'en se contredisant n'en est pas une.
La physique du film résiduel : la viscosité et ce qui reste réellement sur le verre
La deuxième démonstration s’appuie sur le « film résiduel épais » ; il est donc utile de se demander ce que la chimie dit réellement de la quantité de liquide qui reste à l’intérieur d’un récipient une fois celui-ci vidé. Il s’agit ici d’un phénomène réel et bien nommé, qui mérite d’être décrit avec précision plutôt que d’être balayé d’un revers de main.
Lorsqu’un liquide s’écoule d’une paroi ou est retiré d’un récipient, un mince film est entraîné sur le verre : c’est le film de Landau–Levich–Derjaguin. Son épaisseur n’est pas arbitraire ; elle est régie par le jeu de la viscosité, qui épaissit le film retenu, et la tension superficielle, qui résiste à l’entraînement, modulée par la vitesse de retrait ou d’écoulement, puis atténuée au fil du temps par la gravité. Selon le résultat classique, l'épaisseur du film varie comme le nombre capillaire, qui est approximativement calculé comme (viscosité × vitesse ÷ tension superficielle) à la puissance deux tiers.
En termes simples : un liquide plus visqueux, vidé plus rapidement, laisse un film plus épais ; un liquide plus fluide, s’écoulant lentement, en laisse moins.
C’est là le point crucial pour la question de Korsakov, et cela va à l’encontre du tableau de conversion plutôt qu’en sa faveur. La quantité de liquide qui reste accrochée à la bouteille est réelle et physiquement descriptible — mais ce n’est pas une fraction fixe, et rien en physique ne la fixe à un centième. Elle dépend de:
• La viscosité — un milieu homéopathique à base d’eau et d’alcool est plus visqueux que l’eau pure, et sa viscosité varie en fonction du pourcentage d’alcool et de la température. Il suffit de réchauffer la pièce ou de modifier le milieu de dilution pour que le film retenu change.
• La vitesse et la technique de vidange — un flacon incliné rapidement à la main conserve un film différent de celui vidé lentement, ou par une machine fonctionnant selon un cycle fixe. Le « mouvement » n’est pas standardisé d’un opérateur à l’autre ni d’un appareil à l’autre.
• La géométrie du récipient et la surface imprégnée. Typiquement un tube haut et étroit retient une fraction différente de son contenu par rapport à un ballon rond, et la façon dont le liquide mouille le verre (qu’il s’écoule proprement ou qu’il forme des gouttelettes et adhère) modifie encore le résultat.
De plus, il existe une subtilité qui aggrave au lieu d’améliorer le positionnement du tableau. C’est un film de solution qui adhère à la paroi, et ce que la dilution est censée transporter, c’est bien le soluté. Les molécules peuvent s’adsorber sur la surface du verre (n’oublions pas que la silice présente une véritable chimie de surface). Ainsi, le mince film qui adhère à la paroi peut être plus ou moins riche en substance dissoute que ne l’était le liquide initial non dilue. Il n’est donc pas garanti que la concentration du film retenue soit égale à celle du liquide de départ, sans même discuter de son volume.
La conclusion honnête n’est donc pas que «personne ne sait ce qui reste dans la bouteille». Elle est plus précise que cela : la quantité retenue est déterminée physiquement, mais n’est pas contrôlée sur le plan opérationnel. Elle est matériellement contrôlée par la viscosité, la vitesse, la température et la géométrie (du récipient), dont aucun n’est maintenu constant dans la pratique ; de plus, elle ne peut en aucun cas correspondre de manière fiable à un centième de quoi que ce soit. Un phénomène peut être parfaitement réel, et parfaitement décrit par la mécanique des fluides, tout en restant inutile en tant qu’unité de mesure. Le résidu korsakovien est exactement cela : un véritable dépôt aqueux, mais sans pour autant de proportion déterminée.
Depuis le laboratoire : un remède centésimal se conserve et est divisible
Il existe une illustration concrète de cette différence qui mérite d’être mentionnée. Dans une entreprise pharmaceutique que j’ai visitée, on m’a montré comment un remède centésimal est préparé en vue de sa délivrance : le stock de base est conservé à quelques étapes en dessous de la puissance finale. C’était un grand bocal contenant le remède à 198 CH, puis les dernières étapes centésimales, de 198 à 200, sont effectuées à la demande afin de préparer le liquide médicamenteux qui imprègne ensuite les granules. (J’ai observé la structure par étapes, et non le nombre de succussions par étape, qui varie d’un fabricant à l’autre et sur lequel je ne me prononcerai pas ici.)
Ce que révèle ce processus de fabrication est discrètement déterminant. Un remède centésimal peut être stocké en vrac, puis divisé et amené à sa dilution finale, car chaque étape est une opération mesurée effectuée sur une quantité connue — une partie prélevée du bocal, diluée dans quatre-vingt-dix-neuf parties, succusée, quelle que soit l’échelle requise par le laboratoire. C’est précisément la propriété que le film korsakovien en flacon unique ne peut pas posséder. Il n’y a pas de « 198K » en vrac dans un flacon, prêt à être réparti et utilisé, car une étape korsakovienne n’est pas une quantité mesurée prélevée sur un volume connu ; c’est un film non pesé déposé sur la paroi d’un récipient. Et une dose qui ne peut être divisée ne peut être stockée, redistribuée ni vérifiée par rapport à elle-même — c’est pourquoi la dilution korsakovienne doit être acceptée sur la seule base des indications de la machine, alors que la dilution centésimale peut être vérifiée par rapport aux volumes mesurés qui l’ont constituée.
L’argument décisif : il ne s’agit pas du même type de quantité
Il existe un indice pratique déterminant. Comme la méthode hahnemannienne implique une quantité mesurée à chaque étape, sa matière est quantifiée et divisible : à partir d’une dilution centésimale donnée, on peut prélever et multiplier d’autres préparations calibrées, précisément parce qu’on sait exactement quelle quantité on manipule. La méthode korsakovienne implique un film non mesuré : il n’y a pas de quantité définie à diviser. C’est pourquoi il est impossible de préparer plusieurs flacons calibrés à partir d’une étape korsakovienne, contrairement à ce que l’on peut faire à partir d’une dilution mesurée de 200CH : il n’y a là rien de quantifié à diviser.
Et cela règle la question. Une dilution CH est une quantité mesurée ; une dilution K est une quantité non mesurée, un résidu régi par la viscosité et l’écoulement que personne ne pèse. Deux choses qui ne sont même pas du même type de quantité ne peuvent pas être placées dans une équivalence numérique fixe. Un signe égal nécessite deux valeurs mesurées ; le côté korsakovien n’en a jamais eu une seule.
Ainsi, « 200K = 7CH » n’est pas seulement faux dans une mesure qu’un meilleur tableau pourrait corriger. C’est incohérent à la base : on ne peut l’affirmer qu’en utilisant simultanément deux définitions contradictoires d’une « étape ».
Un mot sur les dilutions LM/Q — qui n’ont absolument rien à voir avec cette comparaison
Il convient de préciser clairement que les dilutions au cinquantième millésimal (quinquagésime, LM ou Q) ne sont aucunement abordées dans la présente discussion, et que personne ne devrait tenter de les intégrer dans un tableau CH–K. Elles ne sont pas calibrées selon les mêmes principes : le rapport n’est pas de 1 pour 100 mais d’environ 1 pour 50 000 à chaque étape, et l’échelle LM ne commence qu’après que la substance a d’abord été triturée jusqu’à un 3CH, à partir duquel niveau le grain dissous entame l’échelle des dilutions au cinquantième de millésimal. Un rapport de dilution différent, un point de départ différent, une procédure différente d’administration des granules — les puissances LM établissent une construction distincte, et comparer leurs chiffres à ceux des puissances CH ou K revient à confondre les échelles dès le départ.
Pourquoi les hautes dynamisations sont nécessairement « korsakoviennes »
Il existe une raison pratique pour laquelle cette question n’est pas purement théorique, et c’est une réalité que tout prescripteur travaillant avec des hautes dilutions connaît déjà. Les très hautes dilutions sont nécessairement « korsakoviennes ». Une dilution 10M correspond à dix mille degrés centésimaux ; une 50M — notée 500MK dans certains laboratoires — à cinquante mille ; une CM, à cent mille ; une dilution MM, à un million. Selon la véritable méthode hahnemannienne, qui prévoit un flacon neuf à chaque étape, ces dilutions sont physiquement impossibles à réaliser : personne ne remplit dix mille flacons différents, sans parler du million de flacons. Ainsi, les hautes dilutions n’existent que parce que la méthode korsakovienne à flacon unique ainsi que les machines à flux continu construites selon le même principe, permettent de faire passer automatiquement un même récipient par toutes ces étapes. Lorsqu’un prescripteur prescrit un 1M, un 10M, un 500MK ou un « un million », il prescrit une préparation korsakovienne, que l’étiquette l’indique ou non.
Cela permet de séparer les différentes plages plutôt que d’opposer les deux échelles l’une à l’autre sur l’ensemble de celles-ci. La méthode centésimale est étalonnée, mais ne s’avère pratiquement applicable qu’a de basses dynamisations ; la méthode de Korsakov n’est pas étalonnée, mais constitue la seule voie vers les hautes dynamisations. On peut opter pour la précision de mesure offerte par des flacons distincts, ou pour la portée d’un seul flacon utilisé dix mille fois — mais pas les deux à la fois, car c’est précisément cette progression graduelle étape par étape qui rend l’échelle centésimale divisible et exacte mais qui la rend aussi incroyablement fastidieuse à des dynamisations élevées. Les deux méthodes troquent la précision contre la gamme de dynamisations, et elles se partagent l’échelle à l’endroit où la dilution mesurée à la main atteint ses limites.
Sur le plan clinique, nous considérons l’échelle combinée comme continue : un patient peut ainsi passer d’un 200CH à un 1M puis à un 10M, franchissant sans autre forme de procès le passage du système centésimal au territoire nécessairement « korsakovien », et cette approche s’avère efficace lorsqu’elle est prescrite sous la forme d’un parcours ascendant unique. C’est là l’approximation utilisée, et elle est pertinente : la direction est la bonne, un 1M a une action plus intense et plus profonde qu’un 200CH. Mais il faut bien distinguer ce que cette approximation est et ce qu’elle n’est pas. Il s’agit d’une échelle qualitative, par ce que plus élevée signifie plus en profondeur, ce qui suffit amplement au prescripteur. Ce n’est pas une équivalence quantitative, et dès lors que l’on tente d’en faire une (en écrivant que tant de degrés K équivalent à tant de degrés CH), toute la construction s’effondre, pour toutes les raisons exposées ci-dessus. Nous nous appuyons déjà, chaque jour, sur une approche sincère : une échelle continue de profondeur croissante, dont les degrés inférieurs relèvent du système centésimal et les degrés supérieurs du système de Korsakov, utilisée comme approximation et jamais comme conversion.
Mais d’où vient donc ce tableau ? Suivons le parcours du remboursement
Si cette équivalence est incohérente, pourquoi persiste-t-elle, et pourquoi est-elle si typiquement française ? L’indice le plus révélateur est que les sources pharmaceutiques typiquement françaises qui publient le tableau de conversion mentionnent également, sur la même page, un fait qui l’explique : les dilutions CH selon Hahnemann étaient remboursées par la Sécurité sociale française car elles étaient reconnues par la Pharmacopée française, tandis que les dilutions selon Korsakov ne l’étaient pas, car elles ne figuraient pas dans la Pharmacopée.
Cette seule asymétrie fournit la justification que la physique ne peut apporter. La France a remboursé l’homéopathie pendant des décennies — à hauteur de 65 % à partir du milieu des années 1980, puis ce taux a été progressivement réduit au fil des années jusqu’à 15 %, avant de disparaître complètement le 1er janvier 2021, lorsque l’avis défavorable de la Haute Autorité de Santé a mis fin à toute prise en charge. Pendant cette longue période de prise en charge, un prescripteur qui souhaitait une dilution korsakovienne (ou ne pouvait uniquement trouver qu’une dilution K) se trouvait face à un patient qui devait la payer de sa poche — et payer plus cher, puisque les médicaments non remboursés étaient également soumis à une taxe sur la valeur ajoutée plus élevée. Une dilution centésimale, en revanche, était remboursable. Un tableau permettant de « convertir » une puissance korsakovienne en son « équivalent » centésimal est précisément le compromis qu’exigerait cette situation administrative : il permet de prescrire et de faire valoir un K non remboursable comme un CH remboursable.
Je présente cela comme la meilleure explication possible des faits plutôt que comme une déclaration d’intention étayée par des documents — je n’ai trouvé aucune source affirmant que « le tableau a été créé dans le but d’obtenir un remboursement ». Mais les faits sur lesquels elle repose sont explicites et proviennent des sources mêmes du tableau : CH est remboursé et reconnu par la pharmacopée, K n'est ni reconnu ni remboursé. Et cette explication rend compte de ce qu’une théorie physique ne peut expliquer : pourquoi le Tableau se pare d’une fausse précision (une demande de remboursement nécessite un chiffre précis à inscrire sur le formulaire), pourquoi il n’apparaît pratiquement qu’en France et, dans une moindre mesure, en Italie (c’est là seulement qu’existait la distinction en matière de remboursement), pourquoi ses propres auteurs le qualifient de « donné à titre indicatif uniquement » tout en le publiant quand même (utile sur le plan opérationnel bien que physiquement faux), et pourquoi il est absent ailleurs.
En Russie, les deux méthodes sont considérées comme parallèles, et non comme interchangeables. Au Brésil, où l’homéopathie bénéficie d’une forte culture (assortie d'une pharmacopée officielle et une reconnaissance de l’homéopathie en tant que spécialité médicale), les examens d'écoles de pharmacie enseignent explicitement qu’une dynamisation CH n’est pas équivalente à une dynamisation korsakovienne, signalant cette croyance comme un piège et soulignant que le recours intensif à la méthode korsakovienne est une habitude européenne peu pratiquée dans ce pays. Une véritable loi de dilution apparaîtrait dans toutes les langues. Une convention de remboursement (avec une équivalence mentionnée) n’apparaît que là où le remboursement existait. Maintenant que la prise en charge française a pris fin, la raison administrative justifiant le tableau a discrètement disparu avec elle.
Alors… sont-elles équivalentes ?
Au niveau du chiffre, en quelque sorte : un 30K et un 30CH sont tous deux des dynamisations au trentième centésimal, et prescrire une puissance korsakovienne sur un pied d’égalité avec son équivalent centésimal portant le même numéro relève d’une pratique clinique raisonnable. Ce que la démonstration interdit, c’est la conversion fixe entre les échelles, c’est-à-dire la croyance selon laquelle un 200K peut être considéré comme équivalent à un 7CH. Ce n’est pas le cas. Cette affirmation n’est ni une formulation plus faible ni plus forte d’une relation réelle ; c’est l’affirmation d’une relation qui, lorsqu’on l’examine, se transforme en contradiction. Sa persistance s’explique davantage par un système de prise en charge par la sécurité sociale que par la physique d’un flacon.
Cet article a été traduit de l'anglais par les soins de son auteure.
________________________________________
Cet article est destiné à un public général à des fins éducatives et ne remplace en aucun cas une consultation homéopathique individualisée. Le raisonnement porte sur la préparation et l’étalonnage des dilutions, et non sur le choix clinique du remède, qui repose sur le cas individuel.